Serge Daney puis Gilles Deleuze ont décrit le cycle de la terre et de la parole, de l’enfoui et du désenfoui dans le cinéma de Danièle Huillet et de Jean-Marie Straub. Ils ont perçu cette mémoire des luttes qu’il faut arracher au silence du sol pour la rendre à l’air libre et la faire ainsi entendre à nouveau. Deleuze a parlé d’« image stratigraphique ». Avant lui, Daney avait parlé de « tombeau pour l’œil ». Les cycles de Wang Bing pourraient être décrits en des termes similaires, bien que le contexte soit tout autre, et tout autre également le moment de l’histoire du cinéma auquel appartient le cinéaste chinois. Et bien qu’il ne s’agisse pas pour lui, ou pas prioritairement, d’arracher une parole au silence, même si une des beautés d’À la folie est de ne nommer ses personnages que quelques minutes après leur apparition, comme si le temps de la nomination ne pouvait en effet venir qu’une fois les corps désenfouis de sous les draps…